Six Pieds Sous Terre

  • Derrière chaque MOB, (mâle occidental blanc), c'est un homme qui se cache.

  • Juillet 1930, Argentine. le pays peine à se relever de la grande crise économique mondiale et, en bon opportuniste, le général Uriburu se prépare à renverser Hipolito Yrigoyen. Cette même année, la première Coupe du monde de football, qui se déroule en Uruguay, est organisée, et les Argentins, vainqueurs de la dernière Copa América, sont persuadés de pouvoir la gagner. C'est dans ce contexte de liesse nationale et de grande instabilité sociétale que six personnages vont se croiser le temps de vivre, chacun à leur échelle, un fait divers des plus sordides. Isabel et Samuel, les jeunes idéalistes, le journaliste et esthète Fuentes et le sulfureux Don Marcello, et, enfin, le notable Ruben de la Hoyas et le flic poète alcoolisé Stevenson vont, le temps de la compétition sportive, sombrer lentement mais sûrement... Répartie en trois récits, chacun d'entre eux axé sur deux des personnages principaux, cette funeste histoire chorale sème les cadavres et enterre secrets et scandales. La mala vida, la mauvaise vie, c'est l'histoire de 6 personnages qui n'auraient jamais dû se croiser. Le lecteur découvre ainsi, au fil des chapitres, les tenants et aboutissants de cette lutte d'influence dénuée de toute pitié et baignant dans le sang des moins coriaces.

  • Agaric le Jeune, sculpteur royal fatigué, a bien du malheur. En effet, ce n'est pas lui qui se fait écraser par la monumentale idole qu'il vient de terminer, mais son assistant : signe qu'il n'est donc pas prêt à rejoindre les dieux... De plus, son énergumène de roi, visité par un rêve, exige de lui une tâche impossible : une nouvelle idole de pierre capable de flotter. Pour l'aider à accomplir sa tâche, le roi offre à Agaric un grand bloc de marbre, la promesse de finir ses jours écrasé par l'idole au terme de sa réalisation, cinq nouveaux assistants ainsi qu'une nouvelle épouse du nom de Calliopée...
    Le récit, habillé de pied en cap d'un costume tragi-comique, parfois horrifique, évolue dans les décors envoûtants d'une Crète uchronique. L'ambiance graphique, doucement teintée de couleurs rétros, s'embellit encore d'une gestuelle proche du théâtre. La voie de Calliopée trace l'histoire d'un sculpteur perdu dans ses doutes, évoque la notion de pouvoir, celui du roi sur Agaric et celui d'Agaric sur ses apprentis. Mais c'est aussi et surtout l'histoire d'une femme, Calliopée, de velléités émancipatrices, de création, de liberté, d'envies, de vie. La voie de Calliopée est une réflexion sur l'art, son initiation et sa pratique, et ses exigences parfois absurdes. Il est traversé d'un regard distancié sur le monde du travail, proposé dans une version jusqu'au-boutiste et transposé dans le monde imaginaire d'une monarchie absolue, pour en faire saillir ses mécanismes les plus retors.

  • Sonia cherche le grand Amour, Pierre cherche un emploi, un auteur cherche un scenario pour sa bande dessinée... À moins que tout ceci ne soit le fruit de la confusion d'un auteur au bord de la dépression qui a du mal à se dépêtrer de personnages aussi perdus que lui...

    Fabcaro dresse sur un court laps de temps (24 heures) les portraits croisés de représentants d'une génération en mal de repères, sur un mode humoristique expérimental et plein de non-sens. On peut penser aux séquences des sketches des Monty Pythons tant le quotidien des multiples personnages s'entrechoquent avec un humour absurde qui fait mouche toutes les trois cases, moyenne du laps de temps accordé à chaque séquence.

  • Alors qu'elle mène une nouvelle vie, loin de sa contrée natale et de ses racines, Camille reçoit la visite d'Hassan, un ami d'enfance devenu journaliste. Des retrouvailles amères qui font ressurgir un passé qu'elle avait chassé depuis longtemps. Hassan cherche à infiltrer la "Grande Battue", chasse exclusive menée une fois l'an dans les montagnes de leur région par les Blanchistes, un groupuscule d'influence néo-païenne et réputé proche de l'extrême-droite. il voudrait mettre au jour ce mouvement et son idéologie, persuadé depuis toujours que cette chasse cache les complots ou les exactions qui permettraient de les dissoudre. Camille, fille repentie d'un Blanchiste, pourrait l'aider dans sa mission. très froide, la jeune femme prend rapidement congé de son vieil ami : elle ne veut plus se pencher sur cette part de son histoire. Les hasards de la vie, avec la mort de son père, figure tutélaire de ce mouvement, se chargeront de brouiller ses plans et la feront replonger dans ce passé haï qu'elle avait fui enfant, grâce à sa mère.

  • Un robot géant fait irruption dans la ville et entreprend de la détruire. Privés de leurs repères, écrabouillés les uns après les autres, les habitants tentent d'échapper à la peur en invoquant les remèdes de l'âme et de la raison que sont la justice, la solidarité, la foi ou la science. Le doute et l'inquiétude finissent par gagner le pilote de la machine lui-même, un savant fou pressé par son frère moralisateur de donner un sens à son geste. Mais, à quelque distance du champ de la destruction, certains savent garder la tête froide, conscients des enjeux économiques et politiques soulevés par cet événement. Qui sait si l'angoisse des uns n'entre pas comme fluide moteur dans la froide mécanique du calcul des autres ? Après Démonax et Le roux, Fabrice Erre nous propose une fable moderne et humoristique, La Mécanique de l'angoisse porte un regard décalé sur les grandes peurs auxquelles nos sociétés cèdent périodiquement.

  • Dans un monde qui semble au bord du gouffre, deux frères, las de leur vie urbaine, décident de fuir la ville et de prendre la route. Après avoir volé une pelleteuse en guise de véhicule, ils vont sombrer dans une suite d'engrenages de plus en plus désastreux, se retrouvant mêlés à une histoire de vengeance dont ils deviennent le bras armé, contre un sadique tueur d'animaux. Dans une ambiance froide et suffocante, ce Road Movie violent et peuplé d'images hypnotisantes, la quête de liberté de nos deux anti-héros se transforme rapidement en une fuite inéluctable, loin de la civilisation.

  • On était une bande, égarée dans un quartier flambant neuf au début des années 70. Des terrains vagues, des bois, les routes pas encore finis d'être goudronnées. On faisait nos 400 coups. Il y avait les «plus grands» qui nous pourchassaient en mobylettes, pour nous en faire baver dans la forêt. On se chamaillait aussi avec les gamins des cités voisines. On se passait entre nous une compil K7 qu'on écoutait en boucle sur un gros poste. Il y a avait des lieux qui avaient une aura de mystère, comme ce trou d'eau noire, dont on disait qu'il avait été formé par un avion venu se crasher. Il y avait aussi cet arrêt de bus qui nous terrifiait : la journée c'était notre point de départ vers le monde, vers Paris, mais le soir, surtout les derniers jours du mois, aucun d'entre nous n'y aurait jamais mis les pieds. La misère pousse à bien des extrémités et la rumeur voulait que pour boucler les fins de mois trop courtes, certaines femmes de la cité y passaient le soir... «Ta mère la pute», faut pas croire, c'est pas sorti de nulle part comme expression. Et puis il y a eu cette histoire avec la K7... et là, ça c'est mal passé.

  • Old skull, c'est un western, un pas forcément authentique mais en tout cas un mythique, au coeur des montagnes Rocheuses, sur le territoire des Crows, avec des vrais Crows (disons quelques-uns, qui passaient par là). Mais c'est de l'Ouest de légende pur et dur, à la Sam Shepard, à la Anselm Adams, surtout si par «Ouest de légende» on accepte de prendre en compte les bigfoots et les fantômes. Et les cannibales aussi... Au moins, il y a de l'action, ça oui. Ça tue comme on se dit bonjour, un peu machinalement sauf qu'après des fois on regrette. C'est le cas d'un des personnages, il a tué sa femme, décapitée net. Et pas qu'elle d'ailleurs. On va dire qu'il ressemble plus à un tueur en série, ça sera plus simple. Et puis, il y a Jack et son comparse, deux aventuriers sans scrupules, à la recherche du Bigfoot, c'est pas des rigolos eux... quoique, c'est un peu des tocards...

  • Premier livre de 6 Pieds sous terre et quasi première oeuvre foutrarque de Guillaume Bouzard (Jolly Jumper ne répond plus chez Dargaud) et Pierre Druilhe (Welcome to America chez Ego comme x), Les pauvres types de l'espace sont une synthèse de l'esprit délirant de l'alternatif des années 90, dans son versant humour déjanté et grungy.

    Deux civilisations se rencontrent sur une base spatiale de l'île d'Oléron.
    Choc de deux cultures ou fraternisation spontanée ?
    Pure création issue de l'alternatif des années 1990, Les pauvres types de l'espace a entièrement été conçue en cadavre exquis, par Guillaume Bouzard et Pierre Druilhe, deux auteurs qui ont fait bien du chemin depuis lors !

  • Attembre

    Tanx

    « J'essaye de dévier le courant morne. Je pourrais déplacer les meubles. Je pourrais écrire. Je pourrais graver. Je pourrais faire du sport. L'ennui, c'est que je ne suis pas là.

    L'ennui, c'est que rien ne me motive ici. L'ennui, c'est l'ennui ».

    On avait laissé Tanx combattant les questionnements artistiques et les liens politiques et personnels qu'ils induisent dans Toutes les croûtes aux coins des yeux, en 2018. Ce vaste chantier mental rapporté dans ce livre réflexif a visiblement porté ses fruits puisqu'on la retrouve deux ans après dans un lâcher-prise total, tant personnel qu'artistique, avec Attembre, regroupant 6 mois de chroniques quotidiennes narrant dans le détail le bouleversement complet de sa vie.

  • "C'était pas prévu que je perde mon boulot et puis c'est peut-être mieux comme ça.
    Je vais avoir 40 piges, je vais ou, je vais faire quoi ?" Parallèlement à sa passion pour le dessin et la bande dessinée, Gilles Rochier avait un autre boulot - et des responsabilités -, stressant, qui l'occupait largement et à plus que plein temps. Pas de temps à consacrer à soi, à ses amis, peu à sa famille. Un jour, sa boîte coule... Plus rien a quoi se raccrocher, l'impression que le sol se dérobe... la depression l'engouffre. Heureusement la passion du dessin est là, il s'y raccroche, fait un break, le justifie auprès des autres par son "statut" de dessinateur, auprès de lui surtout. Il est urgent de faire un "temps mort". Réapprendre à vivre sans s'oublier dans douze heures de travail quotidien, partager le temps avec sa famille, retrouver les amis perdus. "Un tempo de vie ralenti par les médocs, j'attends que ça passe", car l'arrêt est brutal. Nous retrouvons dans sa prostration, l'auteur de TMLP (Ta mère la pute, 2011, Fauve révélation, Angoulême 2012) et de Tu sais ce qu'on raconte... (avec Daniel Casanave, 2017, ed. Warum)... faisant le point à l'aube de ses 40 ans, plus que jamais accro à la bande dessinée, issue quasi-rédemptrice à une vie qu'il avait oublié de vivre.
    "Je racontre l'histoire de ma dépression, mon quartier, ma vie, les vieux copains. Cette vie qui m'entoure et que je ne voyais pas avant". L'observation est jouissive, l'attention aux autres chaleureuse mais corrosive et l'auteur ne s'épargne pas. Les rapports humains sont bruts, les conversations rapportées hilarantes ou tragiques, toujours précises. Temps mort, pépite autobiographique indispensable, fait aimer la vie.
    Voici sa nouvelle édition, à l'occasion de la parution de La petite couronne, qui se situe 10 ans plus tard, dans la chronique de son quartier, même hall, mêmes heures, mêmes potes.

  • La Cendre et le Trognon suit le parcours de Pauline, Okesh et Sim, trois jeunes à l'orée de leur vie d'adulte. Chacun porte en lui le poids de son héritage social et familial. Chacun, à sa manière, fera avec ou tentera de s'en débarrasser. Au fil des aventures et des rencontres, ils se croisent et se construisent, se perdent et se retrouvent dans une ville tissée de réseaux ferroviaires fantômes, essayant de trouver leur place dans le monde d'aujourd'hui. La Cendre et le Trognon est un récit constellé d'éléments symboliques et ancré dans une réalité déshumanisante. Son jeune auteur, Gwenaël Manac'h, parle le langage vrai de la jeunesse vibrante, et dans une insolente virtuosité graphique, trace les lignes et les limites de la transmission culturelle et sociale entre les générations. Entre ce que nous choisissons d'être face aux autres, et ce que les autres nous apprennent de nous-même, quelque chose se dessine : Image de soi, reflet, rencontre de l'autre, autant de parties de ce que l'on devient. Relation amoureuse, poids du passé, rébellion active, entraves de la post-adolescence... Pauline, Okesh et Sim nous font vivre les troubles du monde de demain, l'espoir en horizon, la révolte sous-jacente et les interrogations salvatrices.

  • Vie et survie dans la petite couronne.
    Loin des gros titres anxiogènes des médias et des banlieues qui brûlent, selon certains politiques, si on allait écouter ceux qui y vivent ; suivre les traces de ces pères de famille, entre les courses, les gamins à conduire au sport et les déménagements nocturnes.
    Ils ont bien grandi les gamins de TMLP (Ta mère la pute, paru en 2011), aujourd'hui ce sont les pères et les grands frères de la communauté. Et s'il y a toujours un crétin qui vend du shit dans le hall de l'immeuble, ils ont une solution pour lui pourrir le business. Ils sont plus démunis face à la BAC qui met les pinces aux jeunes chiens fous, et se contentent de serrer les poings de rage. Ils n'oublient pas qu'il y a plus important, comme payer la cantine des gosses. Les gamins sont maintenant des tontons presque assagis, ceux qui veillent que ça ne parte pas en vrille à la moindre connerie. Presque aussi surpris que nous, ils constatent que la garderie a remplacé la garde à vue dans leurs agendas. Le temps a passé sur toute une génération.
    À la suite de TMLP (les années d'enfances) puis de Temps mort (2008, chronique de la chute sociale), Gilles Rochier replonge dans la chair de son milieu et brosse, avec La petite couronne, le portrait de sa génération, à l'aube de la cinquantaine, de l'expérience plein les poches - y a de la place - et toujours plus d'amour dans les yeux.

    Une nouvelle édition de Temps mort vient accompagner la sortie de La petite couronne, son nouvel opus urbain.

  • Agora

    Matthias Lehmann

    Entre Europe, Amérique de sud et Afrique, Agora, recueil de dessins contemporains, dresse un portrait, entre réalité, symbolisme et imaginaire, de la rue, de la vie qui s'y déroule et des personnes qui la peuplent. Matthias Lehmann cartographie ainsi la faune et la flore de l'urbanité à travers des séries d'images composites, sortes de fausses photographies reconstituées à partir de croquis pris sur le vif, souvenirs, photos ratées (à moitié floues ou sous-exposées) et de bien d'autres sources. Il tente par le dessin, s'estimant piètre photographe, de raconter - ou d'évoquer - ce qu'est aujourd'hui le monde, du Brésil à la Guinée, de Saint-Denis (en bas de chez lui) aux monts Appalaches.

    Matthias Lehmann s'est balladé sous diverses latitudes tout autant qu'en bas de chez lui, aux coins des rues, avec l'envie de recenser tout ce qu'il y voyait : les gens, leurs habits, leurs gadgets, le mobilier urbain, l'architecture, ainsi que le "costume universel" des rues comme les logos, les tags, les ordures, etc... tout ce qui constitue l'espace public et ce qu'il raconte. Bercé par les dessins de rues de New-York de Reginald Marsh, Matthias Lhemann témoigne : «- Rejeton du multiculturalisme, je ne me sens pas forcément de quelque part, même si dans ce livre, les scènes sont principalement situées en France et au Brésil », ses deux pays de culture.
    Avec son dessin précis et élégant, l'auteur fait circuler le lecteur dans l'humanité d'aujourd'hui, celle de la vie vraie, loin de l'imaginaire publicitaire mondial qui se substitue de plus en plus à elle, en tant que représentation du monde.

    Les images sont commentées par l'auteur en trois langues : français, anglais et portugais.

    Pour soutenir les somptueux dessins de Matthias Lehmann, l'ouvrage dispose d'une reliure ouverte sans dos et est en très grand format.

  • Entre une Sphinge dévoreuse de héros, un garçon valeureux, parricide malgré lui, un inceste consommé et fertile, et la guerre fratricide que se livrent les Labdacides, l'antique cité grecque de Thèbes est le théâtre d'une tragédie et de drames dont une jeune fille semble vouloir sa part. La vie d'Antigone est-elle prédestinée à une telle fatalité ?

    Alors que le sang des Labdacides, de la lignée du grand-père d'oedipe, Labdacos, n'a de cesse de se répandre, Antigone, envers et contre tous, décide de ce qui est sa loi. Histoire de l'émancipation d'une femme, Fille d'oedipe cherche à interroger sur le sens du sacrifice. Éduquée à tenir son rang et sa place, Antigone se rebelle. Elle refuse la loi du tyran Créon et s'accroche jusqu'aux portes du tombeau à son orgueil. Dans quelle mesure ce chemin n'est-il pas justement celui qui était attendu par tous ? La place qui lui était socialement assignée (le pratico-inerte oedipien) ne porte t-elle pas en elle les germes du destin tragique d'Antigone ? Devenir sainte ou martyre, voilà ce que son père lui a laissé comme héritage. Comment se défaire d'un tel poids ?
    Récit féministe sur la liberté individuelle et le rejet de toute ingérence patriarcale, Antigone nous pose deux questions essentielles : la sororité, solidarité entre les femmes, est-elle une réponse globale possible à la domination masculine ? Et la Justice des Hommes existe-t-elle vraiment ?

  • Drame du quotidien dans le monde du travail : depuis 11 ans, chaque matin, une autrice est agressée au vu et au su de tous. Contre son gré, elle reçoit en pleine face la cruelle réalité de sa vie de travailleuse indépendante. Jusqu'alors, la résistante réussissait le tour de force de dignement se relever et sourire de toutes ses dents à ses cyniques tortionnaires. Elle a décidé de rendre coup pour coup avec la série (en deux volumes, parus en 2016 et 2017) : Des croûtes aux coins des yeux. Ce nouvel opus, subtilement intitulé Toutes les croûtes aux coins des yeux, regroupe l'intégrale de ces deux volumes précédents dans une nouvelle édition cartonée, constituant ainsi son édition définitive.
    Ça cause beaucoup des vicissitudes de la survie financière, d'engagement politique, du rapport aux autres, des angoisses personnelles et tout ce qui peut composer nos premières pensées matinales qui se voient propulsés, littéralement évacués sur le papier. L'autrice aborde aussi les questions sur son travail : le style, le dessin, la bande dessinée et l'introspection, les changements de direction dans le travail artistique (avec le passage à la linogravure), mais aussi l'actualité : Nous revisitons à sa lecture les années 2005 à 2016. Toutes les croûtes aux coins des yeux finira en beauté - et en ultime pied de nez avec le refus de l'autrice d'être faite « chevalier des Arts et Lettres » par le ministère de la Cuculture.
    En creux, surtout, on y lira la cartographie mentale, sociale, d'une autrice farouchement soucieuse de son indépendance et de son intégrité artistique se débattant face au monde contemporain et ses reculades sociales, sa gestion purement comptable des citoyens, de l'Art et des idées. Toutes les croûtes aux coins des yeux est un laboratoire in-vivo, bouillonnant d'idées et de spontanéité, salvateur et fort en gueule.

  • Décortiquer les textes fondateurs de la philosophie n'est pas toujours une mince affaire. Qu'est-ce qu'une "scolie" ? Un "axiome" ? Denys Moreau nous plonge dans l'Éthique de Spinoza qu'il s'approprie à travers une interprétation toute dessinée et toute personnelle. Parfois on patauge avec lui, quand les citations de l'oeuvre prennent une tournure totalement absurde, parfois surviennent des petites épiphanies, largement saupoudrées d'une bonne dose d'humour, et d'un peu de poésie. Denys Moreau, pour son premier livre, semble décortiquer autant le texte de Spinoza que l'attitude d'un lecteur contemporain, certes plein de bonne volonté mais souvent un peu dépassé par la pensée du philosophe. Habitué au dessin de presse, il propose des dessins sobres et percutants dans lesquels il façonne « sa » lecture de l'Éthique, confronte sa logique de lecteur et la logique de Spinoza, l'une bousculant l'autre et vice versa.

  • De mon chien comme preuve irréfutable de l'inexistence d'un Dieu omniprésent nous lance dans une journée de la vie d'un chien. On est cependant très loin d'une vie de chien, tout le contraire : dormir, manger, chier, déchirer les coussins, renifler le cul des autres etc..., soit plutôt quelque chose que bien des gens regarderaient la bave aux lèvres (quoique pour renifler le cul, je suis pas bien sur...). Croqué d'après nature, le clebs de Manu Larcenet semble mener une vie de patachon, la vraie vie de bien des chiens en fait. Une biographie canine en quelque sorte dont la conclusion ne va pas nécessairement trouver un écho favorable auprès de la frange rigide des canidés. On retrouve avec bonheur le trait «laché» du croquis pris sur le vif pour ce récit muet qui laisse également muet par son élégance.

  • Drame du quotidien dans le monde du travail : depuis 11 ans, chaque matin, une autrice est agressée au vu et au su de tous. Contre son gré, elle reçoit en pleine face la cruelle réalité de sa vie de travailleuse indépendante. Jusqu'alors, la résistante réussissait le tour de force de dignement se relever et sourire de toutes ses dents à ses cyniques tortionnaires. En 2016, elle a décidé de rendre coup pour coup avec la série en deux volumes Des croûtes aux coins des yeux. Dans ce second opus, la rigolarde piétine purement et simplement le syndrome de Stockholm en chantant à tue-tête des hymnes punks et met à nu tous ces personnages en les affublant de têtes de mort (plus nu, tu peux pas). Ça cause beaucoup de style, de dessin, de bande dessinée et d'introspection, de changement de direction dans le travail artistique (avec le passage à la linogravure), mais aussi d'actualité et de politique : les années 2013 à 2016 auront donné matière à s'énerver. Des croûtes aux coins des yeux finira en beauté - et en ultime pied de nez avec le refus de l'autrice d'être faite « chevalier des Arts et Lettres » par le ministère de la Cuculture.

    En creux, surtout, on y lira la cartographie mentale, sociale, d'une autrice farouchement soucieuse de son indépendance et de son intégrité artistique se débattant face au monde contemporain et ses reculades sociales, sa gestion purement comptable des citoyens, de l'Art et des idées. Des croûtes aux coins des yeux est un laboratoire in vivo, bouillonnant d'idées et de spontanéité, salvateur et fort en gueule.

  • Un étrange personnage amnésique s'extirpe d'un bois sombre, une femme derrière sa fenêtre épie son retour et un vieil homme monologue sur leurs secrets communs, chacun questionnant la vie et les actes des autres. Un meurtre dissimulé, un atelier de sculpteur peuplé de fantômes, du théâtre de foire, une passion dévorante, la nuit. Voilà le décor planté pour ce nouvel ouvrage de Vincent Vanoli chez 6 Pieds sous terre. Dans une ambiance proche du cinéma expressionniste, dont il est grand adepte, Vincent Vanoli propose un polar nocturne et rétro, aux teintes blafardes et empreint de fantastique, mettant en scène une passion amoureuse et criminelle entre un inquiétant sculpteur et ses modèles. La présence, en voisin voyeur, d'un vieil homme semblant tirer les ficelles du drame qui se noue et s'exprimant à la place des amants, mimant leurs questionnements, ajoute une dimension étrange à l'atmosphère pesant sur les personnages. En creux, l'auteur nous parle de l'acte de la création, de donner la vie comme de donner la mort, de donner sa vie pour nourrir l'inspiration, comme exutoire à un quotidien morne et routinier, ou plus personne ne s'appartient.

  • Voici enfin l'intégrale d'un des personnages les plus attachants de l'univers de Florence Cestac ainsi que l'une des figures emblématique des Éditions Futuropolis et de la bande dessinée adulte des années 80. Edmond François Ratier est l'un des premiers héros décomplexés de la bande dessinée des années 80, un personnage hommage à une certaine idée du polar à la française des années 50.

    Après les Beaux-Arts (Rouen) et les Arts Déco (Paris), Florence Cestac commence à dessiner pour Salut les copains, Lui, Mlle âge tendre... En 1972, elle ouvre avec Etienne Robial la première librairie de bandes dessinées à Paris, Futuropolis, puis, deux ans plus tard, la « mythique » maison d'édition du même nom. Collaboratrice de toutes les revues BD - de L'Écho des Savanes à Métal Hurlant, en passant par À suivre ou Pilote -, elle crée tour à tour des personnages tels Harry Mickson, Edmond François Ratier ou Gérard Crétin, illustre La Guerre des boutons, et rafle au passage deux Alph-Art Humour à Angoulême.

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