La Cinquieme Couche

  • Le gaufrier (aussi appelé "moule à gaufres" quand il désigne l'ustensile ou qu'il devient une invective dans la bouche d'un certain marin) est une expression utilisée par Hergé pour désigner la grille d'images qui découpe la planche de bande dessinée. Hussenot s'empare du concept pour en constituer des variations infinies et ludiques jusqu'à épuisement : personnages et décors se le coltinent, le subissent, s'y empêtrent ou s'en affranchissent cruellement ou joyeusement.

  • Reporté.e.s

    Collectif

    L'idée est pourtant simple, puisque c'est celle d'une rencontre. Bien sûr, il y avait la covid, la crise sanitaire, l'annulation des festivals, le confinement et tout cet "inconnu" qui nous est tombé dessus. C'était un temps de tarissement du geste artistique qui plus est pour le spectacle vivant qui ne trouvait plus l'élément essentiel à son existence ; le rassemblement physique d'êtres humains autour d'une oeuvre que réalisent dans l'instant des actants.
    Le théâtre des Doms imagine donc des rencontres entre les artistes dont il a programmé le spectacle dans le cadre du festival d'Avignon et des auteurs graphiques. Pari délicat et fragile, risqué peut-être. Les artistes ne se connaissaient pas et ne savaient rien de leur travail respectif et, pour corser la chose, celles et ceux qui allaient produire du dessin, n'avaient pas vu les spectacles en question.
    Travail à l'aveugle avec pour seul support, une heure de visioconférence ! Le livre rassemble les contributions graphiques de Thomas Mathieu, Fabienne Loodts, Aniss El Hamouri, Aurélie William Levaux, William Henne, Xavier Löwenthal, Emilie Plateau, Aurélia Maurice et Pablito Zago. En coédition avec le Théâtre des Doms.

  • En coédition avec IMAGEs Suite à une douloureuse rupture, Benjamin Monti remplit une multitude de pages de textes et de dessins. Pendant de longues années, il les reprend, les oublie et les publie en polycopies confidentielles, sans jamais achever l'oeuvre devenue monumentale. Une centaine de fragments recomposés par l'artiste et l'essayiste reparaissent et présentent des séquences poétiques habitées par une intense fièvre créatrice.
    S'y dévoile ce qui finit et que personne n'achève jamais : le deuil, la vie et l'amour. Avec un essai inédit de Jean Charles Andrieu de Levis.

  • 2280 compile une collection de fameuses couvertures de bande dessinée déconstruites et reconstruites artisanalement (au feutre) selon un algorithme singulier mis au point par l'auteur. Il y a 150 ans, l'art moderne s'est appliqué à mettre à mal la figure, à coup de schématisation, de géométrisation, de déconstruction jusqu'à son oblitération (impressionnisme, cubisme, suprématisme...) Depuis, les artistes jouent de cette tension entre abstraction et une figure qui n'a cessé de réapparaître depuis.
    Le résultat kaléidoscopique des "2280" relève d'un nouveau type de tension : la figure est quasi-absente, non pas invisible, parce qu'elle est entièrement là, certains diraient subliminale. Si on s'éloigne, le motif se révèle parfois. La figure est rendue absente mais elle est en même temps bien présente dans la mémoire de l'amateur de bande dessinée. La tension figuration-abstraction se joue dès lors exclusivement dans la tête du regardeur, entre les formes éclatées que son oeil perçoit et ses souvenirs.
    L'atomisation de cette image, a priori unique (la plupart des couvertures de livre ne montrent qu'une seule image), sa dissolution géométrique dans une grille renvoie à cette autre grille, celle qui opère au sein des planches de bande dessinée.

  • -=+

    L. L. de Mars

    On considère ce qu'on voit, dans une bande dessinée, dans une double évidence : l'image ne laisserait rien échapper à notre regard, elle serait toute entière affirmation d'elle-même ; et l'image serait rendue plus évidente encore par le récit, dont elle ne serait que le contexte. Mais si le fait même de regarder devenait l'objet d'un récit ? S'il n'y était question que des rapports entre différents moments du regards, différentes façons de regarder, différents angles de vues ? et si cette question prenait son sens dans des questions politiques, celles par lesquelles un monde, une nation, une cité, se construit précisément en donnant à voir uniquement certains points de vue et en les appelant "réalité" ? Dans le chaos apparent des images de ce livre se dessine une forme d'éducation au regard, au discernement, à la conscience rénovée de la puissance politique des images.

  • L'oeuvre poignant de Judith Forest enfin réédité en intégrale : les cultissimes 1h25 et Momon, Mister John, Travelling, etc. accompagné d'un appareil critique, des entretiens avec l'auteure, les articles marquants de l'époque, des croquis et dessins préparatoires.

    Judith Forest est une comète. Au long de sa courte et brillante carrière, qui n'aura duré que trois ans, elle aura été l'auteure de deux livres qui auront marqué leur époque et défrayé la chronique, avant de disparaître sans laisser de trace. Elle avait à peine plus de vingt ans (sa date de naissance est incertaine). Dans le second de ses livres, elle évoquait déjà son désir et son impression de disparaître, et son envie de se consacrer, loin du monde et des hommes, à l'herboristerie.

    Avec des contributions de Xavier Löwenthal, Thomas Boivin, William Henne, François Olislaeger, Fabrice Neaud, Thierry Groensteen, Morgan di Salvia, Clément Solym, Memphis Jack, Alain Lorfèvre, Romain Brethes, Nicolas Ancion, Marine Gheno et Christophe Poot.

  • Menses ante Rosam est le récit d'une genèse.
    Les mois avant Rosa, Aurélie Levaux a vu son corps se transformer, son ventre se déformer, son homme désorienté. Elle nous fait part de sa joie, de ses pleurs, de ses doutes, des très riches heures d'une grossesse. 50 dessins et broderies sur tissus et sur papier nous livrent un peu du mystère de l'enfantement, 50 broderies et dessins raconteront à Rosa l'attente impatiente de sa venue au monde. Les yeux du Seigneur fait directement suite à Menses ante Rosam : derrière les délicats ourlements brodés et sous la couture, il y a l'hymen déchiré et le placenta. Aurélie William Levaux tisse ses rêves d'interrogations douloureuses...

  • Dans la mythologie grecque, Ouranos ( ???a???: « celui qui fait pleuvoir ») est une divinité primordiale personnifiant le Ciel et l'Esprit démiurgique. Ce livre fait suite à Gaia, premier livre (et grand succès) de Thierry Cheyrol, paru en 2017 à La 5e Couche. Gaia (la Terre) est l'épouse d'Ouranos. Tel le Dieu de la Genèse séparant le firmament de la terre, Cheyrol se tourne (naturellement) vers les astres, après avoir exploré les entrailles fécondes de notre planète. Ainsi découvre-t-on une continuité, un isomorphisme, une «isoplastie», du bas et du haut (si tant est que ces mots aient encore du sens), du micro au macro. Il est un mot galvaudé, dès qu'il s'agit d'aborder l'oeuvre d'un auteur, qu'il faudra bien employer ici: Cheyrol nous délivre un Univers. Des astres imaginaires et d'improbables aérolithes filent au long des pages, comme autant de motifs graphiques qui n'ont d'abstraits que l'apparence. Le dessinateur décrit des invasions, des connexions, des fusions, des propagations, des conflagrations et des conquêtes, dans un bouillonnement dont on ne sait s'il est cataclysmique ou créateur, à moins que ce ne soit la même chose.

  • À l'origine, il y a une exposition d'Alex Baladi à L'Atelier 20 de Vevey, des dessins originaux au format A4 qui déroulent une galerie de personnages, de motifs et de techniques. C'est Lador, écrivain complet et homme curieux par excellence, multi-spécialiste comme au temps de la Renaissance, qui s'empare des dessins de Baladi pour en faire un récit en contrepoint, en spirales, et offrir par là un éclairage inédit aux dessins de Baladi. Qu'on n'y trompe pas, Course est pensé comme une bande dessinée en ce sens que les tableaux, comme autant de cases, se succèdent et se répondent pour faire un récit. Narrativement, en arrière-plan des motifs récurrents, il y le thème voulu par le dessinateur Baladi : la course. Les personnages, sur leur starting-block au départ, partent, courent, vont, prennent la tangente, fuient, incertains, paniqués, goguenards, absurdes.

  • Jeune auteur à la bibliographie galopante - une dizaine de livres et des participations à divers collectifs et revues (Polychromies, Kiblind, Papier, Gorgonzola...) - Victor Hussenot exprime une vision affirmée de la bande dessinée.
    Amateur de contraintes, jouant souvent avec les codes, il multiplie les projets dans des directions biens différentes, mais toujours connectées. Avec Les gris colorés, paru à La 5e Couche en 2014, Hussenot proposait une série d'histoires courtes et de dessins montrant les sensations et les relations des personnages uniquement par des couleurs et des formes. Cette fois-ci, le dispositif mis en place par l'auteur est de nous proposer 80 silhouettes qui sont autant de récits intimes ou de descriptions des sentiments. L'Oubapo a profondément marqué Hussenot, qui a vu dans les contraintes une manière de représenter visuellement des questions existentielles et temporelles avec la boucle par exemple, comme chez Escher que l'auteur apprécie beaucoup. Faire de la bande dessinée avec des contraintes, c'était un moyen de réfléchir aux questions humaines et universelles, tout en dessinant.

  • Après une dure journée d'usine, quoi de mieux que d'aller s'en jeter un petit derrière le gosier? Après Querelle de Brest, après l'Opéra de Quat'Sous, Hareng couvre-chef est une évocation mythique et fantasmée des caves enfumées et des tangos au bord des docks. Dans ce récit illustré, le trait expressif et éclaté émerge des fumées irritantes des bas-fonds esquissés par Christophe Poot. Il réinvite une langue qui mêle à la fois onomatopées et expressions créées de toutes pièces. Ce livre est paru en 2001, mais l'auteur n'a depuis pas abandonné ses penchants pour le monde maritime, tant s'en faut. C'est donc une édition riche d'une dizaine de textes et d'illustrations inédites, présentées comme des chansons évoquant la vie des marins, le travail dans la marine marchande et la beauté des sites portuaires. Le style graphique s'est entretemps légèrement dépouillé, le style littéraire aussi, ce qui augmente encore l'intérêt de présenter cette ré-édition et ses prolongements dans l'imaginaire de l'auteur. Nous avons aussi voulu, pour cette présente édition, soigner particulièrement le choix du papier, des typographies et la fabrication du livre, pour vous offrir une lecture optimale de ce petit ouvrage à l'argot poétique et au dessin expressionniste.

  • The Cubicle Island est un projet de bande dessinée post-numérique et conceptuel. Il s'agit d'une expérience sur les ramifications du travail numérique distribué. The Cubicle Island est le fruit d'un travail invisible, produit par une main d'oeuvre de rédacteurs humains sans qualification ou par des algorithmes. Elle embrasse les avancées de l'accélérationisme épistémologique et technologique permises par l'interconnection de la précarité globalisée.
    Contexte historique : la plateforme de micro-travail distribué et numérique Amazon Mechanical Turk (AMT) a été pensée et conçue par Amazon en 2007. Elle répondait à la nécessité de développer des moyens informatiques pour résoudre les problèmes techniques insurmontables liés aux nombreux doublons présents dans la liste des produits du site de vente en ligne. Depuis, un large éventail de plateformes de micro-travail en ligne s'est développé, qui permet d'exploiter la force de travail d'un nombre d'ouvriers sans précédent, pour accomplir des tâches informatiques complexes.
    Ces services permettent à un candidat travailleur de chercher, sélectionner et remplir des tâches variées, à la demande d'un tiers contractant qui recherche une main-d'oeuvre indépendante, flexible et peu qualifiée. Le travail peut être réalisé chez soi, sans aucune supervision managériale. Il peut s'agir de développer des bases de données, trier des images, s'abonner à des chaines YouTube ou rédiger des commentaires "crédibles" sur Aliexpress ou TripAdvisor.
    L'expression "micro-travail" désigne une série de petites tâches remplies par de nombreux travailleurs disséminés sur la toile qui, rassemblées, contribuent à l'élaboration d'un seul et unique chantier. Les micro-travailleurs constituent le plus petit maillon, la plus petite unité de travail, d'une gigantesque chaîne de montage virtuelle. Ils sont le plus souvent utilisés pour des tâches qui requièrent l'intelligence humaine, parce qu'on ne dispose pas (encore) d'algorithme efficace capable de les remplir.
    Chaque jour, des dizaines de milliers de micro-travailleurs se connectent sur les multiples marchés du travail en ligne et effectuent des dizaines ou parfois des centaines de tâches. Les micro-travailleurs se trouvent à un moment clé de l'Histoire du travail, un seuil dans l'accélération exponentielle des technologies de l'intelligence artificielle forte (IAF/AGI) qui "augurent d'une nouvelle ère d'abondance sociale et économique".
    Le micro-travail, dont le déploiement (humain) distribué, externalisé dans les BRICS, sur plateforme, en régime contractuel zéro heure, avec tous les avantages que présentent les micro-transactions financières et le contournement absolu des lois sur le salaire minimum, est une forme d'Intelligence artificielle à bon-marché. On l'a rebaptisé "Intelligence artificielle artificielle" (IAA). Mais il y a plus : certains de ces micro-travailleurs sont des programmeurs.
    Ils conçoivent des bots capables de répondre automatiquement aux tâches les plus courantes publiées sur les plateformes de travail en ligne. Il y a des bots capables de trier des images par OpenCV (Open Computer Vision), d'autres qui sont capables de compiler des bases de données ou qui excellent à saturer les serveurs de requêtes ou même à s'en prendre au DDOS. Ces bots scannent les plateformes de travail en ligne mal sécurisées, à la recherche des tâches pour lesquelles ils ont été conçus.
    On les appelle "chasseurs aveugles" : chacun d'eux transporte une arme spécifique, qui ne peut tuer qu'une seule espèce dans un vaste écosystème, avec de maigres chances de succès. Les spambots imitent les micro-travailleurs humains, qui imitent eux-mêmes l'Intelligence Artificielle. The Cubicle Island est un projet constitué de quelques centaines de dessins d'humour de naufragé sur une île déserte, dont la légende a été effacée, pour lesquels j'ai commandé, sur l'interface des plateformes de travail digital les plus populaires, quelques 17.
    000 contributions écrites. En variant la formulation des demandes, j'ai demandé explicitement aux micro-travailleurs de fournir un texte drôle de 50 à 70 mots pour chaque dessin, avec des résultats mitigés. Pour l'entièreté de la production, j'ai procédé à la sélection des bons et mauvais contributeurs et blacklisté ces derniers. Afin d'écarter les spams et les bots, j'ai patiemment consigné les centaines de codes alphanumériques identifiant chaque micro-travailleur sur les plateformes.
    Les premiers mois ont été pénibles. Aucune contribution n'était, fût-ce même un peu, drôle. J'apprenais ainsi qu'être un auteur de blagues au New-Yorker n'est pas une tâche si facile. Un jour, j'ai reçu un texte qui se distinguait de tous les autres : à la place de ces légendes de 70 mots que je m'étais habitué à copier, coller, imprimer, découper et punaiser sur un tableau recouvrant tout un mur de mon appartement d'Athènes, j'ai reçu une transcription de plusieurs pages, 2275 mots d'une interview de Captain Beefheart.
    C'est là que j'ai décidé de troquer mes listes de bons et mauvais contributeurs. En acceptant les contributions des algorithmes les plus courants, qui hantaient ce projet depuis sa conception, The Cubicle Island occupe un champ sémantique textuel, une vallée de l'étrange de l'Intelligence artificielle artificielle artificielle (IAAA). Sans délaisser la complexité sémantique et l'engagement du lecteur des dessins d'humour, The Cubicle Island met en évidence la conception (numérique) partiellement humaine distribuée.
    Le sort des dessins, après leur passage à travers l'essaim des lecteurs des usines numériques ou leurs substituts algorithmiques, remet en question la primauté de la légende et du dessin en tant que facteurs caractéristiques et déterminants du format cartoon et de l'industrie de la bande dessinée. A l'ère du contrôle et de la transparence sélective du capitalisme, The Cubicle Island met en scène les nouvelles configurations de la répartition travail/loisir (le néologisme playbor, contraction de labour et play).
    The Cubicle Island est une performance au long cours, fondée sur un demi-siècle de dessins d'humour d'île déserte, qui souligne l'isolement extrême produit par les nouveaux régimes de travail, dans la formation d'une nouvelle classe mondiale de travailleurs cognitifs précaires. Ilan Manouach

  • Ceci n'est pas un livre sur la bande dessinée abstraite. La conjonction "et" dans Bande dessinée et abstraction est fondamentale. Elle signale notre intention d'explorer l'entre-deux en combinant ce qui d'emblée pourrait sembler hétérogène : des bandes dessinées aux esthétiques nettement différentes, des textes usant de perspectives clairement distinctes. Le "et" est un moyen de rencontre et, dans ce cas, il désigne une interaction entre bande dessinée et abstraction telle que les deux en sortent mutuellement refigurés. Ce principe de montage entend ouvrir à la fois le concept d'« abstraction » et celui de « bande dessinée » en desserrant l'étau de leurs définitions canoniques qui, globalement, calquent l'abstraction sur le non-mimétique (en histoire de l'art) ou l'utilisent pour désigner un mouvement conceptuel allant du particulier à l'universel, alors que la bande dessinée est, elle, généralement perçue comme un médium texte-image de narration séquentielle. En réfractant l'abstraction à travers la bande dessinée et vice versa, une multiplicité d'autres termes se trouvent ainsi convoqués d'une telle manière que les deux termes sont infléchis par des distinctions opératoires supplémentaires.
    Idéalement, Bande dessinée et abstraction cherche donc à offrir un lieu de rencontre entre culture savante et populaire ; histoire de l'art et recherche en bande dessinée ; littérature, poésie, dessin et écriture ; art majeur et art mineur ; highbrow, lowbrow, nobrow, etc.

  • Ramone

    Lukas Verstraete

    Jeune dessinateur flamand de la vague « graphic punk » qui déferle actuellement dans le paysage éditorial mondial, Lukas Verstraete est aussi un héritier et un ambassadeur de l'école flamande. Combinant une bonne dose d'humour et une dimension métaphysique omniprésente, il nous livre ici avec Ramone une oeuvre à l'esthétique spontanée mais néanmoins audacieuse. Narration hybride faite de questionnements et de doutes sur notre nature humaine, Ramone, sous ses dehors naïfs, révèle de façon souvent métaphorique un discours sous-jacent sur le but de notre existence, le chemin parcouru pour en arriver là, l'homme en quête de son évolution et d'une place dans la société, le personnage ne faisant que courir vers la fin de l'histoire, poursuivis que nous sommes par le regard des autres. Autant de questions symboliques au travers des yeux de ce personnage arborant ce montéra de toreador, pris dans une quête initiatique, pleine de rebondissements et d'aventures.

  • La Tentation est le fruit d'un voyage d'un an, depuis Bruxelles jusqu'à Pékin en passant par la route de la soie, en stop, en camion, en train, en bateau, ou en hélicoptère. Après son retour en transsibérien, il décide de nous faire partager son expérience la plus marquante : son séjour au Pakistan.

  • Le Capitalisme à portée de main se présente comme le manuel du parfait petit capitaliste. Le livre se divise en six parties parfaitement agencées, chacune permettant au lecteur d'absorber les informations nécessaires afin de passer à la suivante. Une définition ainsi qu'une histoire du système capitaliste sont présentées de manière précise. Viennent ensuite des conseils à mettre en place et des outils à utiliser afin de se fondre dans le moule de ce système international et absolu. Chaque texte est accompagné d'un dessin qui illustre les propos de manière ironique, consciente et pertinente. Plusieurs techniques furent utilisées par l'auteur pour réaliser ses dessins (fusain, crayon,...), ce qui apporte à l'ouvrage une richesse visuelle à la hauteur des textes. Dans un esprit ludique et cohérent avec le ton faussement apologétique de l'ouvrage, le livre est signé par The Stealth Group, pseudonyme utilisé par William Henne, qui se présente comme le simple traducteur d'un texte édité à Chicago par Wiling Publishing Inc. en 2015. Ce dispositif ironique est mis en place pour susciter la sagacité et l'esprit critique du lecteur, ainsi qu'une complicité jubilatoire avec un propos de plus en plus outrancier au fur et à mesure qu'on avance dans le texte.

  • Dévitalisée par son existence citadine, la narratrice se demande si l'aventure est encore possible. La réponse prendra la forme d'un retour aux sources par le premier train en direction d'O. La quête se découpe en trois temps : la traversée, à bord du train Corail, de la Beauce, grande plaine céréalière ; l'arrivée à Orléans, ville fantôme métamorphosée par le temps, et, enfin, l'expédition en Sologne, forêt dense et inquiétante. Un dialogue de sourds s'engage entre les deux personnages et une nature muette à leurs idéaux, représentée entre autres par les fantômes du passé, les décors synthétiques, les ranchs entrevus de la fenêtre du train... « Regardez fixement une pelouse. Au bout des 25 secondes, elle se mettra à onduler spontanément sous vos yeux ». Ce livre pourrait servir de soutien manifeste à toutes les actions qui semblent provenir volontairement des éléments inanimés. Retour à O. est le premier livre de Delphine Duprat.

  • Frag

    Ilan Manouach

    Frag est une expérience limite. Ses personnages évoluent dans le théâtre du monde comme sur les niveaux d'un jeu de plateforme, sous le regard d'un Dieu indifférent et muet, figuré par un coq étêté. Trois hommes sont sur un bateau. Trois squelettes sur un autre. Un coq tombe dans l'eau. Qu'est-ce qui reste ? Au gré des courants, ces marins malgré eux subissent le monde, les vagues, les nuages, puisqu'ils ne peuvent être ailleurs. Ils ont faim parfois. Ils pêchent et s'ils ne pêchent rien, mangent la jambe de l'un d'entre eux. C'est un jeu de plateforme à trois niveaux : dans l'eau, à sa surface, et dans le ciel. Les interactions, dans ce microcosme, ne peuvent que nous en rappeler d'autres...
    On ne présente plus l'oeuvre singulière et exigeante d'Ilan Manouach.
    Après Les Lieux et les choses qui entouraient les gens, désormais, La Mort du Cycliste et Arbres en plastique, feuilles en papier... et les paysages sans ciel d'Ilan Manouach, on attendait impatiemment une expérience narrative et séquentielle qui promettait d'être radicale. Frag est cette expérience limite. Ses personnages évoluent dans le théâtre du monde comme sur les niveaux d'un jeu de plateforme, sous le regard d'un Dieu indifférent et muet figuré par un coq étêté, tantôt tête, tantôt corps.

  • Pour conserver l'esprit du carnet de voyage, les chapitres sous forme debande dessinée alternent avec les textes et les nombreux croquis pris sur levif. Chaque chapitre raconte une rencontre. Sous forme de transition, les texteset les croquis présentent le lieu de la rencontre suivante et commentent la précédente.
    Dans ce troisième et dernier tome de "La tentation", nous sommes dansla vallée de Chitral, ancien royaume himalayen du Nord du Pakistan. Quinzejours passés auprès d'une tribu animiste aux origines mystérieuse permettent à Renaud De Heyn de prendre la distance nécessaire face à ses doutes spirituels. Il rencontre alors l'étrange et fascinant Laothi, ancien fakir perdu entre son occidentalité et sa vie au Pakistan. Cet européen converti à l'islam, qui a quitté l'Allemagne de l'après-guerre, orientera définitivement le choix de l'auteur.

  • La Traversée est une création personnelle inspirée en partie par le livre Au Coeur des ténèbres de Joseph Conrad. L'auteur n'a gardé du livre que le motif principal, la dérive d'un capitaine de bateau remontant le cours d'un fleuve à travers une jungle de plus en plus sauvage et ténébreuse. Au fur et à mesure de son exploration, le capitaine est confronté à diverses manifestations des ténèbres qu'il doit combattre. À la manière du capitaine, Kevin Lucbert s'est laissé dériver dans un premier temps au fil des dessins sans savoir exactement où cela le conduirait et quelle forme finale allait prendre l'histoire. Dans un deuxième temps, il a mis en forme et réorganisé ces dessins puis précisé l'aspect narratif de l'ensemble. Un voyage solitaire axé sur le chemin lui-même et non sur sa destination, une rêverie qui s'égare parfois à la lisière de la réalité suivant une ligne d'ombre tracée à l'encre noire.

  • En attendant t'avenue est constitué d'une seule image, monumentale. Une tapisserie qui parcourt tout le livre, brodée à la plume et exécutée à main levée. Le lecteur est convié à arpenter cette ruelle sur 112 pages, dessinées et détaillées de façon obsessionnelle et annotées par l'auteur au fil de la plume (ces annotations, plus visuelles que narratives, seront conservées en l'état, de façon brute). Les motifs architecturaux sont autant d'occasion d'explorer le dessin et le trait, chaque bâtiment propose une exploration plastique différente, un vocabulaire et une écriture à chaque fois renouvelés. Comme si l'auteur voulait désapprendre ses années de formation artistique et, dans une logique qui relève presque de l'art brut, pousser le travail du trait jusque dans ses derniers retranchements, dans une constante invention graphique : all over, effets de saturation, géométries, déconstruction, mosaïques, etc. Ce travail de dessin n'en est pas moins des propositions architecturales : songeons aux constructions organiques et géologiques de Frank Gehry et d'autres déconstructivistes, qui sont au départ des croquis affranchis des lois de la technique et de la pesanteur pour aboutir, par exemple, au Musée Guggenheim à Bilbao. C'est ce que le dessin permet : l'utopie au bout de la plume.

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