Cornelius

  • Qui sont ces personnages que l'on voit hanter les décors de Nicolas de Crécy ?
    Que font-ils lorsqu'ils ne sont pas occupés à nourrir une histoire ? À quoi pensent- ils ? Et qu'est-ce qui les anime ?
    Autant de récits et de destinées que ce petit livre déroule sous nos yeux en faisant passer les figurants du second au premier plan.
    Les tubes de colle amoureux partent en congé, Fifi la dragonne vit des aventures sensuels au parfum de steaks grillés et le général en pré-retraite profite de ses permissions pour rendre jaloux le gendarme électronique au volant de sa rutilante jaguar.
    Recueil drolatique mêlant le ton de la fable à celui de la comptine, Des gens bizarres voit Nicolas de Crécy explorer un humour pince-sans-rire que n'aurait pas renié Alphonse Allais et Alexandre Vialatte.
    Cornélius propose pour cette réédition un livre à la fabrication luxueuse et pleine de mystère, pour un auteur rare, élégant et délicat. Un livre à déguster comme un bon verre de Beaujolais : bien frais.

  • Un roman théâtral qui traite du paradoxe de guérir l'oubli tout en éliminant les gardiens de la mémoire.

    Longtemps après l'armistice de 1918, l'industrie pharmaceutique a vaincu la maladie d'Alzheimer grâce au révolutionnaire médicament Stopsénil. Les vieux sont désormais en pleine possession de leurs capacités mentales et ils ne sont plus dupes. Cette insatisfaction croissante inquiète le gouvernement qui réagit avec autorité en embrigadant de pauvres bougres afin d'éliminer les anciens trop perspicaces.
    Le petit théâtre de la guerre se met en place, les personnages sont posés :
    Catchaquatre, l'enrôleur de miséreux, Omar, le raté chargé de la sale besogne, Vieuxtoto, l'ancien poilu antimilitariste et la Soeur Rita, victime collatérale des horreurs du passé. À travers une série de saynètes, chacun rejoue la grande histoire à sa manière. Certes, les obus ne pleuvent plus mais la terreur est toujours là, sous la forme d'une instance répressive et presque invisible.
    Construit à la manière d'un roman théâtral, Lionel Koechlin utilise le second degré comme un scalpel, induisant plusieurs niveaux de lecture au sein de son récit. Il rend ainsi un hommage caustique à tous les disparus dans la boue des tranchées en nous rappelant que 100 ans plus tard, les logiques de la guerre ne sont jamais loin. À travers un dessin moderne et un phrasé unique, Koechlin signe ici une oeuvre subtile propre aux grands conteurs.

  • Le sens de la vie et ses frères Nouv.

    Le 25 juin 2005, lassé d'attendre que son pantalon se défroisse, Éric Veillé décide de partir à la recherche du sens de la vie. Équipé d'un carnet à dessin et d'une paire de lunettes, il mène sa quête entre Pornic et Le Pouliguen.
    Se faufilant entre boulimiques en anorak et Nadine habituelles, il recueille chuchotis, grommelots et ronchonnages dans de petits sachets. Ce qu'il découvre alors est édifiant... Les sacs ont leur propre langage, certaines femmes donnent leur corps à la soupe et la moutre du sud est en voie de disparition.
    Sous ses yeux, une humanité doucement abrutie profite de l'absence du chef pour siffler au bureau, grignote de petits apéritifs en papotant et attend la mort pour pouvoir dire : « Ah, la voilà ». Les hommes ressemblent parfois à Gérard Jugnot. Ils portent souvent une moustache à la place d'un prénom et regardent leurs semblables mâcher de la nourriture. Ce n'est pas passionnant mais ça change.
    L'ennui se glisse dans les plis de la peau et pour se distraire d'un quotidien au goût de francfort industrielle, on évoque les mauvais moments ou les meilleurs, qui sont d'ailleurs les mêmes. On parle, on parle et un jour ça s'arrête.
    On se rend compte, alors, que pour le sens de la vie, il fallait prendre la sortie d'avant. De toute façon, à cause des bouchons, on ne serait pas revenu à temps pour le dîner.
    Un livre hilarant, qu'on glisse facilement dans la poche pour l'avoir toujours sous la main en cas de morosité passagère ou de vague à l'âme compulsif.

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